Exposition - Traversée de Sumatra
Cette série est née pendant notre voyage de noces, en Indonésie.
Nous avons commencé dans la réserve d'orangs-outans de Bukit Lawang, puis nous sommes partis vers le lac Toba et l'île de Samosir, en passant par Berastagi.
On aurait pu en ramener des images d'animaux, de panoramas.
Mais ces photos-là existent déjà, mieux faites, ailleurs — chez Yellow Korner, par des gens dont c'est le métier.
Ce que je voulais ramener, c'est autre chose.
Si ce voyage a été possible, c'est grâce aux habitants : ceux qui guident dans la jungle, travaillent le tempe sous la tôle, conduisent d'un village à l'autre avec des enfants sur le toit, s'accrochent à la corde du ferry.
Plutôt que de revenir en disant « qu'est-ce qu'ils sont accueillants, là-bas », j'ai préféré leur donner une place.
Les regarder vraiment.
La série suit notre trajet, de la jungle au lac.
Mais les vrais sujets, ce sont eux.
Note : Ce travail a été réalisé pour une exposition au bar l'Écuyer. Je remercie chaleureusement l’équipe pour leur confiance.
Jungle de Sumatra
L'aventure commence à Bukit Lawang, dans la réserve d'orangs-outans. C'est ici que nous rencontrons Randi, notre guide. Chaque jour, il emmène les voyageurs dans la jungle de Sumatra, dans l'espoir d'apercevoir un orang-outan, un gibbon, ou l'une des espèces que la forêt abrite.
On ne sait jamais ce qu'on va voir. Ni même si on va voir quelque chose.
Les seuls impondérables : les sangsues, les moustiques, l'humidité, la chaleur, les bruits de la jungle. Et Randi.
Welcome to the jungle.
La Fabrication de Tempe
En chemin, nous rencontrons des producteurs locaux : riz, durian, soja.
C'est là qu'on la voit. Une fille de quinze ans, sous des tôles, en plein soleil, au milieu des rizières. Avec sa petite sœur, elle dépose le tempe dans des feuilles de bananier, qu'on laissera reposer le temps de la fermentation.
Un geste, puis un autre. Jour après jour.
Quinze ans. L'âge où, chez nous, on s'ennuie en cours.
Voyage à travers les terres
De Bukit Lawang à Berastagi, puis vers le lac Toba.
En route, des enfants sur les toits des voitures. D'autres qui jouent seuls dans la rue. Putri, notre guide, remarque notre étonnement. On lui explique qu'en France, on ne voit presque plus d'enfants jouer dehors — on n'ose plus les laisser seuls.
Avec le recul, nous sommes sûrement plus en sécurité qu'à Sumatra. Mais bien plus anxieux.
Peut-être qu'on a quelque chose à réapprendre ici. Lâcher prise.
Vivre un peu plus au présent.
Le Lac Toba
Le plus grand lac de Sumatra. En son centre, l'île de Samosir — une île dans une île.
On le traverse au coucher du soleil. L'eau est calme, presque immobile.
Et puis cette image : des adolescents agrippés à la corde du bateau en marche, traînés dans le sillage, juste pour le plaisir. Pas de gilet, pas de consigne, pas de peur.
Juste l'instant.
L’Île de Samosir
Bienvenue à Samosir.
Je m'attendais à une station balnéaire — sans trop savoir pourquoi. C'est sans doute la zone la plus aisée qu'on ait traversée à Sumatra. Et pourtant, la culture locale y est partout, intacte.
Les gens semblent vivre au rythme du lac, comme s'ils avaient toujours été là, et qu'ils en faisaient partie.
Ici, nous rencontrons un guide. Avant le Covid, il était prof de surf à Bali. Quand tout s'est arrêté, il est rentré sur l'île pour aider sa famille. Aujourd'hui, il économise dans un seul but : repartir, un jour.
Bali, c'était notre prochaine étape.